Cohabitation des langues

De VdAWiki.

Quand on parle de cohabitation, on imagine des personnes qui vivent ensemble tout en préservant leurs origines et leurs traditions. Vivre ensemble, c'est apprendre à partager, à être uni, à respecter l'autre malgré les différences. Mais c'est aussi réussir à communiquer et à se comprendre parfois avec une langue différente.
La construction d'une Europe représente le défi d'une cohabitation pacifique entre plusieurs langues. L'Europe constitue un territoire sans frontières où de nombreuses langues forment une seule et unique communauté. Dans un projet d'une telle ampleur, trouver des définitions était nécessaire pour comprendre l'originalité linguistique de la communauté européenne.

Définir qui on est pour construire une identité

L' Europe est constituée de pays où l'on parle parfois une langue, parfois deux, voire plus. Chaque situation possède sa propre définition :

Unilinguisme: C'est le fait de ne parler qu'une seule langue. Il s'oppose dès lors au bilinguisme et au multilinguisme.

Bilinguisme: On peut utiliser ce mot pour désigner une communauté ou une personne qui possède officiellement deux langues. Un individu maîtrisant parfaitement deux langues représente le bilingue parfait. Mais aujourd'hui ce concept a perdu sa signification d'origine. En fait, le bilinguisme désigne également la connaissance déséquilibrée de deux langues et de deux cultures.

Multilinguisme: C'est la présence de plusieurs langues sur un territoire, reconnues officiellement ou non, qui permettent à un groupe social de se former ; l'Europe constitue donc une communauté multilingue. Par contre, il peut y avoir des personnes monolingues à l'intérieur d'une zone géographique multilingue.

Plurilinguisme: Ce terme renvoie à la maîtrise de plusieurs langues par une même personne. Le Conseil de l'Europe invite à apprendre plusieurs langues, pour un meilleur apprentissage et une meilleure communication entre les hommes. Ce mot renvoie aussi à une diversité linguistique et culturelle d'un pays multi-ethnique.

L'éducation linguistique: plurilinguisme et pluriculturalisme dans les écoles de l'Union Européenne.
L' éducation linguistique ne peut pas être considérée comme un simple apprentissage, où l'on étudie uniquement le lexique et la grammaire, mais, au contraire, elle est plutôt basée sur le rapport entre la culture et la langue d'un peuple. En effet, ce qui différencie l'éducation de l'apprentissage d'une langue est justement le fait que dans le premier cas, le but est de pouvoir connaître aussi les traditions, l'histoire et les coutumes qui se cachent derrière les mots, tandis que dans le deuxième cas, l'enseignement est strictement grammatical.

Dans l'Union Européenne, il est important de développer l'éducation linguistique car, dans cette organisation, où tous les membres doivent coopérer, une connaissance culturelle et linguistique de l'autre est fondamentale pour pouvoir exploiter les compétences spécifiques de chaque pays.
Mais les écoles ne prennent souvent pas en considération cet aspect : elles se basent plutôt sur l'apprentissage classique des langues. Par contre, quelques écoles utilisent ce système éducatif pas seulement pour les langues étrangères, mais aussi parfois pour les langues minoritaires des territoires où elles sont présentes.
Un exemple significatif en Vallée d'Aoste est le Lycée Classique option bilingue, où grâce aux ateliers francophones, les élèves apprennent certes la grammaire, mais aussi la culture des autres pays qu'ils étudient (Grèce, pays francophones, etc..). L'éducation aux langues permet de mieux comprendre l'identité de l'autre et c'est grâce à cette compréhension que le cohabitation entre les individus et entre les langues peut s'épanouir.

La Vallée d'Aoste, une région bi-/plurilingue et un exemple de cohabitation

La Vallée d'Aoste est une région autonome du Nord de l'Italie qui a su exploiter ses richesses linguistiques. Plusieurs langues cohabitent sur le même territoire grâce à différentes initiatives politiques et humaines.

L'article 38 de la Loi Constitutionnelle Italienne n.4 du 26 février 1948 définit le Statut Spécial de la Vallée d'Aoste. Ce dernier se réfère à une utilisation paritaire de la langue italienne et française. Presque tous les actes administratifs peuvent être rédigés dans les deux langues. L'italien cohabite ainsi avec le français dans le domaine institutionnel. D'ailleurs, à l'école, « un nombre d'heures hebdomadaires est consacré à l'enseignement des deux langues ». Certaines matières sont également enseignées en français. Les deux langues vivent ainsi ensemble harmonieusement dans les salles de classe. Mais pas seulement ! Dans la Vallée du Lys, il y a aussi une minorité linguistique où l'on parle le « Walser » (langue régionale germanophone) et où l'on y enseigne l'allemand.

La Vallée d'Aoste est désormais considérée comme une région plurilingue parce que d'autres langues sont utilisées dans la vie quotidienne alors qu'elles ne sont pas forcement officielles (dialectes francoprovençaux, Walser). Une recherche humaine menée par le professeur universitaire Federica Diemoz, lorsqu'elle était étudiante en dialectologie, soutient que le «Patois» ne doit pas avoir un rôle négatif dans le domaine scolaire. Elle a démontré qu'il faut le valoriser par la découverte de son origine et des racines de la culture valdôtaine.

La cohabitation pacifique des langues passe par l'institution, l'éducation et la connaissance qui permettent ainsi à la Vallée d'Aoste d'être considérée comme une région modèle pour l'Europe.


Sources
Conseil de l'Europe, [1]
R.Decime, G.Vernetto (2007). Profil de la politique linguistique éducative Vallée d'Aoste. Aosta:Edizioni Le Château, p. 55.
F.Diemoz. (2002). “Etre plurilingue: combinaisons et complémentarité”. In Education et sociétés plurilingues, n°13, pp.93-98.

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