Identité linguistique et culturelle

De VdAWiki.

La langue n'a pas toujours existé. En effet l' homme primitif communiquait à travers des gestes. Plus tard, il a commencé à émettre des sons qui se sont ensuite articulés; c'est alors qu'on peut parler de la naissance d'un véritable langage oral. Au cours de l'évolution et des déplacements de l'individu et pour des raisons géo-politiques, la langue s'est ultérieurement différenciée en créant des distinctions sociales et culturelles entre les hommes.

Les populations antiques, telles que les Grecs et les Romains, comprirent tout de suite l'importance de l'instrument linguistique. En effet, en conquérant de nouveaux territoires, ils usaient transmettre leurs façons de s'exprimer, afin de se faire comprendre par les populations assujetties et de leur transmettre la culture dominante. C'est du latin, répandu en toute Europe par le peuple de Rome, que les langues européennes, qu'on nomme aujourd'hui «néo latines», descendent.

À l'époque moderne les états, pour rejoindre leur unité, ont imposé la présence d'une langue nationale aux populations qui habitaient dans leurs territoires, même si parfois elles se distinguaient au niveau linguistique. Malheureusement les limites géographiques d'une langue ne correspondaient pas toujours à celles politiques et cela a donné naissance aux minorités linguistiques qui ont essayé de sauvegarder leur identité culturelle, en faisant parfois recours aux armes.

En Vallée d'Aoste jusqu'à la date de l'Unité italienne, personne ne contestait aux Valdôtains le droit de parler la langue française: c'est en 1860 qu'un parlementaire italien, Giovenale Vegezzi Ruscalla, proposa l'abolition de l'enseignement et de l'emploi de cette langue dans certaines régions du Piémont et en Vallée d'Aoste aussi. Cette décision causa une véritable insurrection des autochtones et à ce propos un journal de Rome écrivait: «Chacun aime sa langue maternelle et personne n'y renoncerait de plein gré. Un pareil changement se fait insensiblement dans le cour des siècles, d'après l'intérêt qu'y trouvent les populations, mais il ne peut et il ne doit être imposé. ».

La persévérance des Valdôtains leur permit de l'emporter contre la discrimination du français, mais cinquante ans après ils durent lutter encore une fois contre un nouvel ennemi qui menaçait leur identité culturelle: le Fascisme. Ce mouvement dictatorial en effet imposa l'italianisation des toponymes et interdit l'usage du français dans la presse et dans les écoles. Les Valdôtains s'opposèrent avec force et courage et entre eux se distinguèrent surtout les figures d'Anselme Réan, président de la Ligue Valdôtaine, de l'abbé Joseph Marie Trèves, président de la Jeune Vallée d'Aoste et d'Émile Chanoux, martyr de la résistance valdôtaine.


Cette lutte a permis de sauvegarder un droit aujourd'hui pleinement reconnu. En effet, de nos jours, la Communauté Européenne à travers des lois protège les valeurs des citoyens, parmi lesquelles celui de l'identité linguistique et culturelle. Chaque pays prévoit des normes différentes pour la défense des particularismes régionaux.


En particulier, « La Déclaration Universelle des droits linguistiques considère comme droit personnel inaliénable pouvant être exercé en toutes occasion: le droit d'être reconnu comme membre d'une communauté linguistique; le droit de parler sa propre langue en privé comme en publique.» (art. 3). En outre « toute langue est une réalité constituée collectivement et c'est au sein d'une communauté qu'elle est mise à la disposition des membres de celle-ci en tant que instrument de cohésion, d'identification, de communication et d'expression créative » (art. 7). Grâce aussi à ce document les minorités linguistiques européennes peuvent maintenir et exercer leurs traditions et leurs particularismes oraux. Par exemple en Espagne, où la langue officielle est le Castillan, les communautés basque et catalane voient leur droit d'expression reconnu et respecté.


La cohabitation des langues dans des limites nationales caractérise spécifiquement un autre état européen: la Suisse, où l'on peut remarquer la présence de quatre différents idiomes qui sont officiellement reconnus au niveau confédéral. En effet “Les cantons déterminent leurs langues officielles. Afin de préserver l'harmonie entre les communautés linguistiques, ils veillent à la répartition territoriale traditionnelle des langues et prennent en considération les minorités linguistiques autochtones »(art.70, tiré du site de la Confédération suisse [1]).


Pour ce qui concerne l'Italie la présence des minorités se trouve en particulier en Vallée d'Aoste, au Trentin-Haut Adige et au Frioul-Vénétie Julienne. Dans ces régions l'autonomie linguistique et politique est garantie par l'article 116 de la Constitution de la République italienne, selon lequel « sont accordées des formes et des conditions particulières d'autonomie ». Cette dernière est légitimée en Vallée d'Aoste grâce au Statut spécial promulgué le 26 février 1948, document qui est « fruit motivé d'un engagement constant qui a demandé, à certains moments, des choix difficiles et déchirants. »(Statut spécial de la Vallée d'Aoste, Musumeci 1988, préface).


Dans une société multi-ethnique comme celle d'aujourd'hui, les particularismes linguistiques et culturels ne doivent pas être considérés comme une forme de détachement et de séparation entre les individus qui habitent le même territoire. Plutôt ils représentent un témoignage historique qui rappelle les racines et la détermination de nos ancêtres. Chaque différence, soit culturelle, politique ou sociale est source d'enrichissement personnel, instrument indispensable pour satisfaire notre curiosité et moyen de connaître ceux qui ont des mœurs différentes.

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